menues flexions sur la mer - Stéphane Korvin
        
menues flexions sur la mer
Ferme la porte derrière toi
pourquoi tu pars ?
prendre des risques un peu plus de risque
close #your_eyes
on va rigoler
parler en faisant l'amour
ferme la porte/reste je te dis reste
je fais la moue je porte tes stigmates
ravale tes paroles tes continents
pure perte de ton visage tu me chagrines
très bas très amour
du même combat tu me ravines l'œil tu déplaces mon cœur
mon cœur tu m'appelles dans un battement
sèchement
vêtues de sang mes mains endiguent la porte
ne la claque pas
je m'habille
tu m'habilles à peine
elle en dit long la porte par son mouvement
elle dit à tous ces cons qui n'ont d'oreilles que pour les murs la disposition du monde à se déplacer
elle déclare
je commence à comprendre cette expression : « le corps à alimenter », et ses corollaires
le corps à dépecer, à cuire, à porter jusqu'à la bouche qui s'envoie dans la salive
arrête de parler
mâche !
je marche
tu cours
tu en fais des tonnes, il te suffirait de venir te coller contre moi, remplir mes moignons
te coudre
oui cinq tonnes de sable pour l'hygiène et la survie
m'occuper des frottements, des barrières à claire-voie, des lieux à épuiser

je ne remarque rien je ne franchis aucune porte
viens on va rire au lit
parler pendant l'amour
je nous lierai dessus dessous serrant dissolvant
c'est bon par devant par derrière en fermant les yeux et en ouvrant la bouche
tu te rappelles
la porte est mal fermée
la qualité de la perforation jusqu'à ce que déborde
le passage au ralenti
des bouches, des sourires
la porte-bonheur
au petit-bonheur va
le corps tournoie dans la chair peu après il part
la distance d'une porte à l'autre
une vie de méprise
franchie, la vie débauche toujours plus de nouvelles bouches. là réside nos maux.
tu te souviens
béat at night
notre rencontre
oui
portes/pores (quelle importance)
ric-rac ça sonne comme un nom de porte
les portes n'ont pas de nom
elles grincent
ne se sont pas construites pour accompagner une histoire qui ne se termine pas
une histoire comme celle-là

faut marcher
faux
ici qui est l'hom qui est la fem ?
tu te souviens ?
de mieux en mieux et cela ne change jamais
l'amour ne promet rien

cahots debout j'ai enroulé les aspérités de ton corps maintenant je pars je te quitte à petits pas

où vas-tu comment appelles-tu comment t'appelles-tu ?

un long terrain vain qui passe

l'angle langue c'est facile à adopter ça dit n'importe quoi nulle part
je lis sur tes lèvres
cela fait des vagues
amour
rat mort
la minute-idole est plus longue à oublier
est plus vulnérable
à passer, sur la langue absolument métal la minute départ se détache plus encore
la minute dédale
lent arrachement
il y a une troisième voix
beaucoup d'autres voix qui parlent
on rêve d'être deux on est jamais satisfait
la voix qui parle la voix que j'embrasse la voix qui part
toutes les voix tapies dans l'ombre qui attendent le bon moment pour crier
se rencontrer encore un peu plus longtemps
après je pars
endure-moi
les corps sont fichus
je te découpe avec décalcomanie
tu marches parce que la route est là tu écris parce que tes bras ne ceignent pas, tu écris quoi ?
saigner
cela veut dire quoi ?
on hélas
tu me regretteras
nous comment ; je regrette déjà
tu ne m'oublieras pas tu me regretteras
des tonnes de virages tout se noie

ferme la porte derrière toi
si tu savais
ce qui pousse dans le dos

ton pays je le connais il est cerné par la mer il est cerné par la sueur blanche je te connais je sais où tu pars tu vas t'enfermer dans la langue te coller à la poussière laper l'horizon tu aimes le noir de l'air libre le brouillard où s'effacent les autres

nos corps ils sont scellés à des cailloux je ne sais pas nager à deux

là-bas tu m'oublieras le soleil est aveugle il refuse la mémoire, tu n'apprendras rien

je ne parlerai pas

je ne suis pas morte tu m'abandonnes

je connais une île

pourquoi les sauts périlleux

là-bas les chardons ressemblent à des oursins

tu ne sais pas nager tu finiras seul

l'île est cernée de cailloux

scellée à la mer

rivée au soleil

ferme la porte derrière toi. tu regretteras

je n'apprends rien à avoir raison

moi non plus



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